Marre des artistes maudits

Y'en a marre de la nouvelle chanson française, vivier inépuisable de pseudos-Baudelaire amoureux de l'Amûûr et pourfendeurs de la modernité! Ces types qui se prétendent héritiers de Brassens et qui te glissent un "on s'en fout" pour faire rebelle au milieu d'une chanson d'amour niaise au possible tout ayant pris soin de critiquer les gens qui font leurs courses à Monop'!

 

Mais bon, on va croire que je les mets tous dans le même panier. C'est pas exact vu que je ne les connais pas tous. Car Bénabar, c'est pas Biolay qui n'est pas Delerm. C'est pour ça qu'aujourd'hui, je vais vous parler de Stanislas, notre Charette De La Contrie ressuscité.

CharetteGg

Si nous voulons être plus exact, nous définirons le style Stanislas comme un artiste de la mouvance "Bisounours" c'est-à-dire un chanteur qui tient plus du Calogero que du Thomas Dutronc (ça fait un peu les Restos du Coeur contre le café Procope si vous me permettez la comparaison).

Nous sommes introduits à l'artiste par un titre d'album tout droit sorti d'un prix Goncourt (L'Equilibre Instable) et une pochette réalisée sur des falaises romantiques et indomptées en un jour de vent, ce qui permet à notre artiste de manifester son lien capilaire puissant avec cette nature déchaînée

Le premier clip nous montre notre candide et agile chanteur qui fait des moulinets avec ses bras à la R. Kelly, à cloche pied sur un rocher au milieu de l'eau. On se doute bien que s'il a pulvérisé des records de visions sur Dailymotion c'est parce que les gens qui l'ont regardé jusqu'au bout s'attendaient à voir une vidéo comique genre Vidéo Gag où le type glisse la tête la première dans la flotte. Le deuxième clip a quant à lui été tourné au milieu d'une décharge où une gamine de 40 ans de moins que lui lui fait les yeux doux. Brève constat: notre homme fait corps avec la Nature et son coeur appartient à l'Amour. Ben voyons. 

Pas d'insultes physique car on sait tous que "c'est trop facile de critiquer sur le physique ou sur la vie personnelle", non? Alors, vu que le type est un pur produit commercial, construit à la chaîne comme le font si bien les Majors, on va critiquer sa construction médiatique. L'image qu'ils veulent nous envoyer de lui quoi. Vous verrez, ça peut s'appliquer à pleins d'"artistes" torturés. Bon, déjà un type qui porte un costume Il Divo dans un décor digne d'un bouquin des soeurs Brontë, ça fait tout de suite son petit effet "amant Harlequin sensible" que la ménagère de moins de 50 ans va s'escrimer à comparer à son gros lourdeau de mari qui a encore oublié son anniversaire.

Ensuite, les cheveux au vent. La recette marche très bien depuis Chateaubriand, pas besoin de revenir là-dessus. On note sans surprise la présence de la barbe de 3 jours, courante chez les latin lovers et les chanteurs de bel canto ainsi que les Renaud-wannabe (pardon pour lui). On regrette tout de même la disparition de la chemise à jabot au profit de la chemise BHL col ouvert. Bof, si ça peut le faire passer pour un intello raté aux yeux de l'inconscient collectif français, je dis rien. Pour l'image médiatique on a donc une sorte de mix entre Cali et Patrick Fiori sauf que Stanislas n'a ni la désinvolture sympathique du premier, ni le talent vocal du second.

Mais comment parler de l'artiste sans évoquer sa rimaille? Dieu sait que j'aurai préféré ne jamais lire de telles inepties.

Sans répondre au chant des sirènes
Comme un voilier d’acier de sang
Qui part a la dérive des sentiments
Le poids Cœur ouvert aux peines

(La Belle de Mai)

 

Analyse littéraire de type Première L: visiblement traumatisé par la lecture d'Homère (ou la vision d'Ulysse 31, on se saura jamais), Stanislas emploie un vaste champs lexical marin afin d'assimiler l'amour à un voyage, thématique qu'il reprend d'ailleurs dans son premier single, Le Manège:

 

Un tour de tournis
Pour voir
Si le voyage
Vaut le coup
Un tour de manège
Autour de nos vies
Qui montent et qui descendent
Un tour de looping
Pour voir
Si notre amour
Vaut le tour

 

à dessein d'évoquer le tourbillon des passions, notre artiste qui se dit influencé par Coldplay (on veut bien le croire), Stravinsky (alors c'était ça le hautbois!) et Umberto Ecco (je cherche toujours) n'arrive malheureusement qu'à nous donner la gerbe.

On ne saura que trop inciter le lecteur imprudent à explorer les différents titres de l'album, en faisant un détour par Mémoire Morte que l'on nommera plus commodément "Mémoire vive qui a planté" tant la répétition des mots du titre dans les paroles nous porte à croire à un bug généralisé. Le curieux explorateur pourra s'arrêter sur l'hommage poignant dédié à une autre source-bien malgré elle-d'inspiration de la nouvelle scène française, Serge Gainsbourg, dans L'Absinthe Pour L'Absent, hymne montmartresque à l'ivresse amère de l'Amour. Enfin, le lecteur, s'il n'est pas encore tout à fait saoulé, se distraiera avec Ana quand bien même, comptine ponctuée d'allitérations bien senties:

 

Quel anathème qu'Ana m'aime,
le dilemme c'est qu'elle aime d'autres avant.
Ana ment-t-elle quand elle me dit qu'elle m'aime?
Le problème c'est qu' elle même ne sait pas si elle m'aime.
Ana m'aime-t-elle quand elle me dit qu'elle ment?

Mais cette expédition ne saurait être tout à fait complète si après avoir été noyés sous les comparaisons guerrières avec lesquelle Ovide lui-même n'aurait pas rivalisé, ballotés par les démêlés amoureux de notre éternel amant éconduit, nous n'évoquions la poignante ode écologique Nouveau Big Bang dont la place dans le tracklist détonne autant que l'apparition d'un Zoulou chez les Esquimaux.

Admirateur patenté de ce Saez des femmes au foyer, vous voudriez conserver 1 ou 2 phrase d'anthologie de cet album qui en regorge afin de les mettre en signature ringarde sur les forums de discussion? En voici 2 rien que pour vos yeux: "Amnésie de nos amours enfuies" ou la ressurgence vice et versienne d'un mythe des Inconnus et "Je mat l’échec" ou la répartie vengeresse d'une virilité offensée. 

 

 

En conclusion la découverte de cet album m'a permis de me replonger avec nostalgie dans mon Français méthodique au Lycée et quand j'apprends que le single Le Manège est resté (trop) longtemps en tête des ventes en France, je ne m'étonne pas qu'un Anglais célèbre ait dit que les Français savent bien faire la bouffe mais qu'il feraient mieux de laisser la musique aux Anglais.

 

 

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~ par plumsunday sur 22 mai 2008.

9 Réponses to “Marre des artistes maudits”

  1. Pas sur que cette belle envolée dithyrambique ne donne pas envie de l'écouter…pour voir si cet album vaut le coup…

  2. Ah mais au contraire, je vous engage chaleureusement à écouter cet album*
    Chacun est libre de se faire sa propre opinion, j'écouterai la tienne avec attention…

    *(afin de constater l'étendue de sa médiocrité)

  3. Je viens d'écouter. Votre critique rend à sa très juste valeur les qualités de l'artiste dont il est question. Nul doute qu'avec un look comme le sien il fera une grande carrière dans la chanson.

  4. Souhaitons-lui une fin qui le fasse entrer dans la légende auprès de Mike Brant et autres Claude François.

  5. Pauvre Stanislas (en réalité Julien ou Nicolas ??)… Ce ne doit pas si facile d'être le joujou d'un service marketing !! Excellent post !

  6. Merci bien!
    Son vrai nom est Louis Stanislas Renoult. Il allait pas s'appeler juste Louis, ça faisait trop bobo, il fallait donc une alternative originale ("Ours" et "Renan" étaient déjà pris…)

  7. [c’est top]

  8. oui oui oui et re-oui, stanislas première écoute jeme rappelle genre dans la voiture sur une radio, chose rare mais bon dès fois..je me dis on dirai du calo blaireau ou calogero…et paf ce mec à bossé avec lui, c de la merde en barre, des mecs qui se prennent au sérieux parce qu'ils mettent trois violons…loll mais le mec est sympa mais bon c'est un andré rieu de la varièt, moi de toute façon dans la nouvelle chanson française, bénabar un jeune vieux chanteur..insupportable, raphaël bon là pas la peine d'en parler…:-)) moi ce qui m'épate c'est que t'es pu écouter cet album de m… c dure de servir son public sur vox parfois, courageux ça plumsunday, bravo et merci pour le bon moment !! à bientôt The Dude :-))

  9. 🙂 "andré rieu de la varièt" ça correspond parfaitement au personnage lol
    Oui, j'ai souffert, chers amis Voxeurs, j'ai écouté (et surtout lu) du Stanislas! Je m'en remet lentement mais il y aura toujours ce souvenir qui me hantera…un traumatisme ne disparaît pas comme cela, hélas!

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